L’école, c’est bien plus qu’un endroit où l’on vient accumuler des connaissances. C’est un lieu où l’on grandit, où l’on se construit, où l’on apprend à voir le monde autrement. C’est censé être un espace de découverte, d’ouverture, un terrain fertile où chaque enfant peut trouver sa voie. Pourtant, aujourd’hui, un nombre croissant d’élèves décrochent, non pas faute de capacités, mais parce qu’ils ne trouvent plus leur place dans un système qui ne leur parle plus.
En Belgique, ce phénomène est alarmant : près de 20 % des élèves quittent l’école sans diplôme, un des taux les plus élevés d’Europe. Le redoublement y est aussi plus fréquent que dans de nombreux pays voisins, ce qui peut renforcer le sentiment d’échec et de démotivation. Loin d’être une fatalité, cette situation appelle à une réflexion collective sur la manière dont nous concevons l’éducation et sur les ajustements nécessaires pour qu’elle soit réellement au service des élèves.
Chaque jour, les enfants et adolescents jonglent avec des devoirs, des évaluations, des horaires serrés. On leur demande d’être performants, de suivre un cadre précis, de cocher les bonnes cases. Mais, à force de vouloir tout calibrer, ne risque-t-on pas d’étouffer ce qui fait la richesse de chaque élève : sa curiosité, sa façon unique de comprendre et d’explorer le monde ?
Beaucoup expriment un sentiment de déconnexion. Ils apprennent des concepts qu’ils ont du mal à relier à leur réalité. Ils peinent à voir en quoi ces connaissances leur seront utiles plus tard. Certains finissent par perdre confiance en eux, persuadés qu’ils ne sont « pas faits pour l’école », alors qu’ils auraient peut-être simplement besoin d’apprendre différemment.
Le manque de moyens aggrave ces difficultés. Dans certaines écoles, les infrastructures sont vétustes, les ressources pédagogiques limitées, et les inégalités entre établissements criantes. Un enfant scolarisé en Fédération Wallonie-Bruxelles n’a pas toujours accès aux mêmes conditions d’apprentissage qu’un autre en Flandre, où l’enseignement est mieux financé. Ces disparités creusent encore davantage les écarts et renforcent le sentiment d’injustice chez de nombreux jeunes.
Face à cela, les enseignants jouent un rôle fondamental. Ils ne se contentent pas de transmettre des savoirs, ils accompagnent, motivent, soutiennent. Leur mission est immense : éveiller l’intérêt, donner du sens, maintenir l’élan. Mais, dans des classes parfois surchargées, avec des programmes à boucler et des attentes élevées, il devient difficile de répondre aux besoins de chacun.
La pénurie d’enseignants en Belgique est un signal d’alarme. Les conditions de travail se dégradent, et beaucoup quittent la profession par épuisement. Pourtant, chaque jour, ceux qui restent innovent, s’adaptent, cherchent de nouvelles approches pour captiver leurs élèves. Ils font preuve d’une patience et d’une énergie incroyables pour continuer à enseigner avec passion. Ils sont les premiers témoins des difficultés de leurs élèves et savent combien il est essentiel de replacer le bien-être au centre de l’apprentissage.
L’enjeu aujourd’hui n’est pas de tout déconstruire, mais d’adapter. L’éducation évolue, et il existe déjà de nombreuses initiatives qui permettent aux élèves d’apprendre autrement : des méthodes plus interactives, des projets concrets, des environnements d’apprentissage qui prennent en compte les différents profils d’élèves.
Le « Pacte d’excellence », lancé en Belgique pour améliorer la qualité de l’enseignement, vise justement à offrir un parcours plus cohérent et équitable. Mais sa mise en œuvre est longue et complexe. Pour qu’il porte réellement ses fruits, il faut aller au-delà des réformes structurelles et placer au cœur du débat une question essentielle : comment faire en sorte que chaque élève trouve du sens à l’école ?
Car on apprend mieux quand on se sent bien, quand on a le droit de faire des erreurs sans être jugé, quand on se sent en confiance et encouragé. Il ne s’agit pas seulement d’obtenir de bonnes notes, mais de développer des compétences qui seront précieuses tout au long de la vie : la réflexion, l’adaptabilité, la collaboration, la gestion des émotions.
L’école doit rester un lieu où l’on ose, où l’on expérimente, où l’on apprend à croire en soi. Un lieu où chaque élève peut se dire : ici, j’ai le droit d’apprendre à ma manière. Ici, j’ai ma place.